Contester un Avis d’Inaptitude au Travail : Délai de 15 Jours et Recours aux Prud’hommes

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Référent insertion depuis plus de 25 ans, j’accompagne régulièrement des salariés persuadés qu’un avis d’inaptitude est une décision figée — c’est rarement le cas, et le délai pour agir est très court. Si le médecin du travail vous a déclaré inapte, vous disposez de 15 jours seulement pour contester cet avis devant le Conseil de prud’hommes. Voici la procédure exacte, avec le modèle de lettre à envoyer.

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15 jours seulement pour contester un avis d’inaptitude devant les prud’hommes
L’essentiel en 30 secondes : vous disposez de 15 jours à compter de la notification pour contester un avis d’inaptitude devant le Conseil de prud’hommes (article L. 4624-7 du Code du travail), en procédure accélérée au fond. Attention : contester l’avis ne suspend pas le délai d’un mois dont dispose l’employeur pour reclasser ou licencier — à défaut, il doit reprendre le paiement intégral du salaire.

Modèles de lettre et de courrier face à un avis d’inaptitude

Deux situations distinctes : contester l’avis médical lui-même auprès du Conseil de prud’hommes, ou mettre en demeure votre employeur de reprendre le paiement du salaire s’il dépasse le délai d’un mois sans agir.

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Modèle 1 — Lettre de contestation de l’avis d’inaptitude (saisine du CPH)

[Prénom Nom]
[Adresse]
[Code postal] [Ville]
[Téléphone] — [Email]

Conseil de Prud’hommes de [Ville]
[Adresse du greffe]
[Code postal] [Ville]

À [Ville], le [Date]

Objet : Recours en contestation d’un avis d’inaptitude — Procédure accélérée au fond
Réf : Article L. 4624-7 du Code du travail

Madame, Monsieur le Greffier,

Je conteste par la présente l’avis d’inaptitude émis par le médecin du travail le [date], reçu le [date de réception], concernant mon poste de [intitulé du poste] au sein de l’entreprise [nom de l’employeur].

Cette contestation porte sur [préciser : les conclusions de l’avis / les préconisations formulées / l’absence de prise en compte de mon état de santé réel / autre motif]. Je sollicite la désignation d’un médecin inspecteur du travail afin de réexaminer les éléments médicaux ayant fondé cette décision.

Je joins à ce courrier : la copie de l’avis d’inaptitude contesté, [certificats médicaux complémentaires], et tout élément utile à l’examen de ma situation.

Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur le Greffier, l’expression de ma considération distinguée.

[Signature]

Modèle 2 — Mise en demeure de reprise du salaire après le délai d’un mois

[Prénom Nom]
[Adresse]
[Code postal] [Ville]

[Nom de l’employeur]
[Adresse de l’entreprise]

À [Ville], le [Date]

Lettre recommandée avec accusé de réception

Objet : Mise en demeure — Reprise du paiement du salaire — Article L. 1226-4 du Code du travail

Madame, Monsieur,

L’avis d’inaptitude me concernant a été notifié le [date]. À ce jour, soit plus d’un mois après cette notification, je n’ai été ni reclassé(e), ni licencié(e).

Conformément à l’article L. 1226-4 du Code du travail, vous êtes tenu de reprendre le versement de mon salaire correspondant à mon emploi précédemment occupé, et ce depuis l’expiration du délai d’un mois suivant l’examen médical, soit depuis le [date].

Je vous mets en demeure de régulariser ma situation sous [délai raisonnable, ex. 8 jours] à compter de la réception de ce courrier, à défaut de quoi je me réserve le droit de saisir le Conseil de prud’hommes.

Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.

[Signature]

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J’ai accompagné un agent de sécurité déclaré inapte à son poste suite à des douleurs lombaires chroniques, dont l’employeur n’avait engagé aucune recherche de reclassement sérieuse plus de 6 semaines après la notification. Persuadé qu’il devait attendre une décision de l’employeur avant d’agir, il n’avait entrepris aucune démarche. Une mise en demeure de reprise de salaire, envoyée sur la base de l’article L. 1226-4, a permis d’obtenir le versement rétroactif de 6 semaines de salaire sous 10 jours, l’employeur régularisant la situation sans attendre une saisine effective des prud’hommes. Ce cas illustre un point essentiel : le silence de l’employeur au-delà d’un mois n’est jamais sans conséquence — c’est à vous de le faire valoir par écrit.

Quel délai pour contester un avis d’inaptitude ?

Vous disposez de 15 jours à compter de la notification de l’avis pour le contester devant le Conseil de prud’hommes, en procédure accélérée au fond (article L. 4624-7 du Code du travail). Ce délai remplace depuis 2016 l’ancien recours devant l’Inspection du travail, qui laissait 2 mois — la réduction du délai est un point souvent ignoré par les salariés qui se réfèrent encore à l’ancienne règle.

La contestation ne peut porter que sur les avis, propositions ou conclusions écrites du médecin du travail — pas sur la décision de l’employeur elle-même, qui suit une autre voie de recours.

Contester l’avis suspend-il l’obligation de reclassement de l’employeur ?

Non. La Cour de cassation l’a confirmé sans ambiguïté (arrêt du 10 janvier 2024, pourvoi n°22-13.464) : votre contestation devant le CPH ne suspend pas le délai d’un mois dont dispose l’employeur pour reclasser ou licencier. Il doit agir dans ce délai, que la contestation soit en cours ou non.

« Contester l’avis d’inaptitude et attendre que l’employeur reclasse ou licencie sont deux démarches parallèles, pas successives — l’une n’a jamais suspendu l’autre, même en cas de désaccord persistant. »

Que se passe-t-il si l’employeur dépasse le délai d’un mois ?

Il doit reprendre le paiement intégral du salaire correspondant à votre emploi précédent, dès l’expiration du délai d’un mois suivant l’examen médical (article L. 1226-4 du Code du travail). Cette règle ne souffre aucune exception, y compris pendant une contestation en cours de l’avis.

Un point à connaître : l’employeur ne peut pas déduire de ce salaire les indemnités journalières versées par la Sécurité sociale pendant votre arrêt — une pratique que la Cour de cassation interdit formellement.

Quels sont les 2 seuls cas de dispense de reclassement ?

L’employeur reste en principe tenu à une obligation de reclassement effective, sauf dans deux cas précis mentionnés explicitement par le médecin du travail sur l’avis lui-même :

  • Le maintien dans un emploi serait gravement préjudiciable à votre état de santé
  • Votre état de santé fait obstacle à tout reclassement dans un emploi, quel qu’il soit

En l’absence de l’une de ces deux mentions expresses, l’employeur doit rechercher un poste adapté au sein de l’entreprise et, le cas échéant, du groupe auquel elle appartient — une recherche qui doit être réelle et documentée, pas une simple formalité.

Inaptitude professionnelle ou non professionnelle : pourquoi cette distinction double vos indemnités

L’origine de votre inaptitude change radicalement le montant de vos indemnités de licenciement. Si elle résulte, même partiellement, d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, vous avez droit à un régime bien plus favorable que pour une inaptitude d’origine non professionnelle — une distinction que beaucoup de salariés ignorent au moment de signer leur solde de tout compte.

Que change concrètement l’origine professionnelle ?

En cas d’inaptitude d’origine professionnelle, l’article L. 1226-14 du Code du travail prévoit deux avantages financiers cumulatifs :

  • Une indemnité spéciale de licenciement doublée — le double de l’indemnité légale calculée selon l’article L. 1234-9
  • Une indemnité compensatrice d’un montant égal au préavis, versée même si vous ne pouvez matériellement pas l’effectuer du fait de votre inaptitude

Ces deux indemnités ne sont pas dues si l’employeur démontre que vous avez refusé abusivement une proposition de reclassement adaptée.

Comment prouver que votre inaptitude est d’origine professionnelle ?

Deux conditions cumulatives doivent être réunies au moment de la rupture : un lien de causalité au moins partiel entre l’accident du travail ou la maladie professionnelle et l’inaptitude constatée, et la connaissance de ce lien par l’employeur à la date du licenciement. La reconnaissance de l’accident du travail ou de la maladie professionnelle par la CPAM constitue la preuve la plus solide — pensez à la mentionner explicitement dans votre courrier de contestation ou votre saisine du CPH si l’employeur n’en a pas tenu compte.

La consultation du CSE est-elle vraiment obligatoire dans tous les cas ?

Oui, depuis la loi du 8 août 2016, la consultation du Comité Social et Économique est obligatoire avant tout licenciement pour inaptitude, professionnelle ou non. Son absence prive le licenciement de cause réelle et sérieuse, ouvrant droit à indemnisation devant le Conseil de prud’hommes — un vice de procédure fréquent, à vérifier systématiquement sur votre lettre de licenciement ou les procès-verbaux de l’entreprise.

« Deux salariés inaptes pour un dos abîmé peuvent percevoir des indemnités du simple au double — tout dépend d’un seul mot sur leur dossier médical : professionnelle ou non. C’est souvent la première question à vérifier avant de signer quoi que ce soit. »

Contester l’avis médical ou contester le licenciement : ne confondez pas les deux délais

C’est la confusion la plus fréquente sur ce sujet. Deux démarches distinctes, avec deux délais très différents :

  • Contester l’avis d’inaptitude lui-même → 15 jours, devant le Conseil de prud’hommes, procédure accélérée au fond
  • Contester le licenciement prononcé après l’avis → 12 mois à compter de la notification du licenciement, devant le même Conseil de prud’hommes, mais sur un fondement différent (défaut de procédure, absence de reclassement sérieux, manquement de l’employeur à son obligation de sécurité)

Ne pas avoir contesté l’avis dans les 15 jours ne vous prive donc pas du droit de contester le licenciement qui en découle, sur d’autres motifs, dans le délai plus long de 12 mois.

Autres démarches liées à votre situation professionnelle

Si vous envisagez de quitter votre poste plutôt que d’attendre l’issue de la procédure de reclassement, notre guide complet de la lettre de démission couvre les différentes situations, y compris les cas particuliers liés à l’état de santé. Pour l’ensemble de vos démarches professionnelles, retrouvez notre page pilier Emploi et Carrière.

Encadré expertise — Article rédigé par Hamoudi Aïfa, référent insertion, à partir de son expérience de terrain dans l’accompagnement de salariés en arrêt ou déclarés inaptes. Sources vérifiées : Code du travail (articles L. 4624-7, L. 1226-2, L. 1226-4, L. 1226-12), Cour de cassation, chambre sociale, 10 janvier 2024, n°22-13.464. Mise à jour du contenu : 17 septembre 2026. Voir le profil complet de l’auteur.

Questions fréquentes sur la contestation d’un avis d’inaptitude

Qui peut contester un avis d’inaptitude ?

Le salarié comme l’employeur peuvent former ce recours, chacun dans le délai de 15 jours à compter de la notification qui le concerne.

Dois-je me faire assister par un avocat pour contester devant le CPH ?

Un avocat n’est pas obligatoire pour ce recours, mais la procédure accélérée au fond reste technique — un accompagnement par un avocat ou un syndicat est recommandé compte tenu du délai très court.

Le médecin traitant peut-il contester l’avis à ma place ?

Non, seul le médecin du travail peut établir ou faire réexaminer un avis d’inaptitude ; ni votre médecin traitant ni le médecin-conseil de l’Assurance maladie n’ont compétence pour cela.

Que se passe-t-il si je ne conteste pas l’avis dans les 15 jours ?

L’avis devient définitif et l’employeur doit poursuivre la procédure de reclassement ou de licenciement sur cette base — mais vous conservez la possibilité de contester le licenciement lui-même dans un délai de 12 mois, sur d’autres motifs.

L’employeur peut-il licencier avant l’issue de ma contestation de l’avis ?

Oui, la Cour de cassation a confirmé que la rupture du contrat n’est pas subordonnée à la décision du Conseil de prud’hommes sur le recours contre l’avis.

Puis-je obtenir des dommages et intérêts si le reclassement n’a pas été sérieusement recherché ?

Oui, un licenciement prononcé sans recherche loyale de reclassement peut être jugé sans cause réelle et sérieuse par le Conseil de prud’hommes, ouvrant droit à indemnisation.

Hamoudi AÏFA — Assistant Socio-Éducatif, auteur de Lettres Types Gratuites
Rédigé par Assistant Socio-Éducatif · Fondateur de Lettres Types Gratuites
25 ans d'expérience Diplôme d'État

Professionnel de l'accompagnement social depuis plus de 25 ans dans un Département français, je rédige des modèles de lettres administratives basés sur mon expérience terrain quotidienne. Chaque contenu est rédigé avec rigueur et mis à jour selon les évolutions législatives françaises.